Cinéma d'émotions - Heures d'évasion - Echanges inspirés - Zapping critiquable . Livres (peu) aimés et Oeuvres inoubliables !...

14 septembre 2016

LA LUNE EST BLANCHE

de François et Emmanuel Lepage
Bande dessinée - 250 pages
Editions Futuropolis - octobre 2014

En septembre 2011, le directeur de l'IPEV, l'Institut Polaire Français, propose au dessinateur Emmanuel Lepage, de repartir en Antarctique, et même de participer avec son frère photographe en tant que chauffeurs au sein du convoi de ravitaillement de la base Concordia, base scientifique située au cœur du continent de glace ! Enthousiaste comme jamais, il est prêt alors que Noël arrive, et que des contretemps viendront apporter le lot de contrariétés inhérent à toute préparation d'expédition vers les Terres Australes, des expéditions sujette aux aléas des intempéries, à l'absence de brise glace des équipes françaises, au timing avec les différentes opérations et séjours scientifiques.... Mais elle va bien avoir lieu cette folle escapade, elle aura lieu, et les émerveillements seront là.


En 2012, Emmanuel Lepage m'avait embarquée dans un premier voyage vers les fraîches îles de la Désolation. Et c'était un périple visuel grandiose ! En Antartique déjà. Et puis, il est allé à Tchernobyl pour un autre album témoignage, avant de retourner dans les terres australes. Très documenté, l'album débute par une sorte de rétrospective des épopées de l'Homme vers ce 6e continent méconnu et hostile. Très vite, on ressent la joie et l'excitation de ces deux frères à l'idée de réaliser ensemble un rêve de longue date. Après la préparation viennent les appréhensions et les contre temps.

Le récit nous en apprend beaucoup sur l'organisation de ces groupes singuliers dans ces contrées singulières. Et l'apothéose vient avec le démarrage du convoi, un attelage faramineux qui devra se frayer un chemin à travers les glaces. Et non seulement Emmanuel Lepage rend compte par le dessin mais il sera acteur, conducteur !
Ce qui m'a un peu manqué, c'est la couleur, peu présente dans cet album contrairement à Un printemps à Tchernobyl et même le Voyage aux îles de la Désolation. Mais le résultat est tout de même un album magnifique qui se dévore des yeux, laissant la part belle au magnifiques dessins d'Emmanuel Lepage. L'album est peu jalonné de photos mais en fin d'ouvrage, les photographies de François Lepage trouvent leur place et leur récits d'accompagnement.
 
 
 


Libellés : , ,

09 septembre 2016

LES PLUMES - Tomes 1 et 2

d'Anne Baraou et François Ayroles
Bande dessinée - 96 et 94 pages
Editions Dargaud - 2010 et 2012

Des amis écrivains se retrouvent très régulièrement pour se donner des nouvelles mais aussi et surtout jouer avec les mots, critiquer tel ou tel, analyser avec leur regard acerbe le monde de l'édition française. Dans le troquet parisien, menacé de fermeture, qui leur sert de QG, on retrouve Malard ; l'insatisfait Inscht ; le dragueur Alpodraco ; le grognon Greul. A quatre, ils sont véritablement féroces face à l'adversité de leurs univers, leurs femmes qui partent ou les critiques qui ne les comprennent pas, leurs concurrents qui connaissent le succès, les comportements corporatistes qui les agacent...

On n'ose même pas écrire un avis de pseudo critique tellement ces personnages sont intransigeants et cinglants. C'est parfois jouissif de les voir placer leurs citations d'auteurs, leurs références, leurs mises à mort littéraires, mais parfois aussi, leurs allusions nous échappent, à nous, lecteurs hors du sérail.
Mais le scenario ne tourne qu'autour de cette non narration, de ces échanges surréalistes et ces combats d'érudition.
Il y a bien quelques répliques qui se savourent, poétiques, ironiques ou acerbes, mais cette immersion au milieu de ces hommes, ni attachants ni haïssables, reste distante, à se demander si la forme graphique apporte un intérêt à l'ouvrage. Dommage !

L'avis de Mango - Liratouva2

Libellés : , ,

04 septembre 2016

M pour Mabel

d'Helen Macdonald
Roman - 380 pages
Editions Fleuve - août 2016
Prix de l'année Costa Book Awards - 2014
Prix Samuel Johnson - 2014

Helen vient de perdre son père et en souffre profondément. Un rêve d'enfant va la conduire à acquérir un autour, rapace le plus sauvage de son espèce, Mabel. Pour elle, Helen va devoir s'isoler du monde, vivre les yeux dans le ciel, s'imaginer dans le corps de son oiseau, le sentir, le craindre, le comprendre, l'apprivoiser.

Helen Macdonald, après s'être immergée durant des années dans le monde de la fauconnerie, c'est le lecteur qu'elle plonge dans ce monde de passionnés. On parle chaperon, poids de vol, perche, filière, émerillon et longe, bas vol, jets, jamais de domptage ou de dressage mais d'affaitage. M pour Mabel est l'histoire d'un deuil particulier, d'une thérapie qui passe par l'autour.

Extrait :
"Dresser un autour et ne pas le laisser chasser, ce serait comme élever un enfant et ne pas le laisser jouer. Mais ce n'est pas pour cela que j'avais besoin d'elle. A mes yeux, elle était lumineuse, vitale, sûre de sa place dans l'univers. Toutes les cellules de son être bouillonnaient de vie, comme si, de loin, on la voyait auréolée d'un petit panache de vapeur s'élevant en spirales et rendant toute chose autour d'elle légèrement flou en de sorte que le moindre détail de son être se détachait fièrement. L'autour était un feu qui dévorait ma douleur. Il ne pouvait y avoir en elle ni regrets ni deuils. Ni passé ni avenir. Elle ne vivait que dans l'instant présent et c'était là mon refuge. Sur ses ailes barrées et battantes, je pouvais m'enfuir loin de la mort. Mais j'avais oublié que l'énigme de la mort était inextricablement liée à l'autour, et que, moi aussi, j'y étais reliée."

C'est intéressant, c'est impressionnant, de sentir cette obsession, de la part du rapace comme de cette femme, de constater comment toute une vie se tourne vers des détails de concentration, vers des micro réactions, avec une patience infinie, des techniques éprouvées depuis des lustres par des sortes de confréries spécialisées, la crainte omniprésente de la perte du rapace ou de son attaque mortelle, et la stupéfaction des pratiques de chasse et des actes carnivores sanglants de l'animal. Une confrontation directe à la "sauvagerie".

Extrait :
"Au cours de ces mois en compagnie de Mabel, j'ai appris qu'on ne se sentait plus humain une fois que l'on avait fait l'expérience, ne serait-ce qu'en imagination, de ne pas l'être. J'ai également appris qu'il est dangereux de confondre la sauvagerie que l'on attribue à quelque chose et la sauvagerie qui l'anime. Les autours sont des êtres de mort, de sang et de carnage, pas des prétextes pour commettre des atrocités. Leur inhumanité doit être préservée parce que leurs actions n'ont absolument rien à voir avec les nôtres."

J'ai beaucoup apprécié l'écriture, fluide, inspirée, sincère. Ce qui m'a moins captivée ce sont les références récurrentes tout au long du roman à l'écrivain T. H. White qui en a aussi bavé avec son autour Gos, ainsi que d'autres prédécesseurs évoqués ou auteur de la littérature au fil des décennies. La somme de ces références, renvois, allusions, évocations, m'a rendu certains chapitres assez indigestes, ennuyeux, par manque de passion personnelle sans doute pour le sujet.
Ce roman a eu pour moi l'intérêt de me faire découvrir ce milieu, et de m'évoquer - sans toutefois pouvoir me le faire tout à fait comprendre - ce qui pousse des hommes et des femmes à s'engager dans ce type de relation atypique avec un animal sauvage.

L'avis de Chess - Le chat du Cheshire
English interview - YouTube

Libellés : , ,

02 septembre 2016

RESTER VERTICAL

d'Alain Guiraudie
Drame - 1h40
Sortie salles France - 24 août 2016
avec Damien Bonnard, India Hair, Raphaël Thiéry...

Léo doit écrire un scenario mais il sèche. Il préfère traîner dans ce causse qu'il affectionne. Un jour, il rencontre Marie, une bergère. Ils s'aiment, ont un enfant. Mais Marie préfère partir, avec ses 2 premiers fils, et laisser Léo avec le nourrisson. Léo s'accroche, il s'efforce de s'en occuper du mieux qu'i peut, mais sans ressources, il galère, et retourner demander l'hospitalité en Lozère. A la marge. Entre hommes et loups.

Rester Vertical est un film qui peut dérouter, qui casse les frontières, barrières de l'âge, de la sexualité, de la maternité/paternité. Un film bestial, sauvage, comme les causses de Lozère et comme le loup qui rôde. Comme les hommes.


Des attirances masculines, des hommes au fin fond d'une campagne, qui gardent leurs secrets. Le réalisateur sait nous surprendre, par des scènes fortes, crues ou à la limite du fantastique.

 
Socialement, ce film rend hommage à un instinct paternel rarement mis en image. Et ose un portrait de vieillard rural loin des clichés, en achevant le film par un drame d'Eros et Thanatos et la conduite à tenir face au loup, à tenir pour ne pas se déclarer vaincu, à tenir pour rester vivant, rester homme : rester vertical.

Libellés : , ,

24 août 2016

DES CHAUVES-SOURIS, DES SINGES ET DES HOMMES

de Paule Constant
Roman - 176 pages
Editions Gallimard - mars 2016

Au bord de la rivière Ebola, au cœur de l'Afrique un drame surgit et se répand en toute discrétion, naïvement, comme un simple palu, mais qui décime. Olympe recueille une petite chauve-souris alors qu'elle tentait d'accompagner les garçons à la chasse. Elle est encore jeune, eux sont plus grands et la sèment. Ils préfèrent rester entre eux, pour pouvoir partager leur secret, celui de ne pas avoir tué eux-mêmes l'énorme gorille qu'ils rapportent en trophée, un silverback. Tout le village va en manger, le festin sera grandiose, même si très vite beaucoup souffriront, et les enfants seront pris de fièvre violente, mourront... Pas loin de là, Agrippine est venue dans le cadre d'un programme humanitaire, elle se rend dans un dispensaire tenu par les Sœurs. Des fièvres, on en rencontre tous les jours...

Des chauves-souris, des singes et des hommes est un roman étonnant, fort, audacieux, inattendu. Alors que l'épidémie d'Ebola n'est qu'un souvenir dans nos actualités occidentales, Paule Constant s'est employée à décrire avec précision la succession d'évènements anodins qui mènent au développement d'une épidémie fulgurante.
 
Extrait :
"Pourquoi les gens qui portent les morts se mettent-ils à courir ? Pourquoi les gens qui suivent les porteurs courent-ils eux aussi ? Ils croient échapper au chagrin et ils le précipitent. Ils arrivaient en courant sur la rivière, empêchés d'aller plus loin, car la rivière est une frontière avec la mort. La mère entra dans l'eau, elle voulait partir avec ses trois fils, elle en avait le droit."
 
Il y a aussi derrière ce roman la puissante démonstration de la vulnérabilité de tous les Hommes face à une épidémie, et à l'absence de coupable face à l'émergence de la pandémie. Et puis c'est un vrai roman avec ses personnages intéressants qui se découvrent, s'entrechoquent, se croisent.... sous la plume de Paule Constant qui est belle et poétique.
 

Libellés : , , ,

20 août 2016

LEGENDE

de Sylvain Prudhomme
Roman - 290 pages
Editions Gallimard - août 2016

Matt, constructeur de toilettes sèches anglais, et Nel, photographe petit-fils de berger sont amis. Tous deux aiment ce pays de la Crau, près d'Arles, ce pays de la Camargue écrasée de soleil, des friches. Tous deux aussi s'intéressent aux vies fulgurantes de Fabien et Christian, cousins de Nel, à l'enfance libre, puis une vie de pilote pour l'un et chasseur de papillons pour l'autre. Des vies qui ont été marquées par les soirées de la Chau, et bien plus tard, les fléaux qui décimèrent les générations dans les années 80's. Matt veut réaliser un film autour de leur histoire.

Légende est un roman qui s'inscrit dans la durée, qui se laisse apprivoiser en douceur, nous plongeant progressivement dans une ambiance assez mystérieuse, intrigante, pudique, avec ses parts d'ombres franches comme celles qui se découpent dans la Crau. Des ombres qui vont très lentement laisser place à des portraits complets, à des liens familiaux, à des destinées croisées. Les personnages du présent et du passé nous apparaissent peu à peu plus familiers. Ils nous touchent, nous émeuvent.
 
Extrait :
"Est-ce que c'est pas toujours un peu sa propre mort qu'on prépare en relisant la vie des autres. Est-ce que ce n'est pas surtout à ça que servent les histoires : nous tendre un miroir. Nous permettre de nous promener dans l'existence d'êtres qui ne sont plus et dont la vie est toute entière là, sous nos yeux, avec ses hauts et ses bas, ses périodes fortes et ses creux, jusqu'au dénouement. A tenter de comprendre ce qu'ils ont cherché. Ce qu'ils ont souffert. Où ils ont réussi. Où ils ont échoué. Tout cela sans jamais cesser de penser à nous, vivants. A ce qu'ils peuvent nous apprendre."

Le texte est ciselé, beau, exigeant, rapportant les dialogues et les pensées de chacun de la façon la plus directe qui soit.
Une post-face indique que le photographe Lionel Roux (Odyssée pastorale, écho à Nel du roman), ami de l'auteur, lui a raconté cette histoire de Jean-François et Alain Gueyraud dont il s'est librement inspiré.
Une belle surprise de la rentrée littéraire 2016, un récit humain, des portraits comme des hommages, loin de l'autofiction, proche des souvenirs et des relations entre les hommes. Pour que l'écriture et les récits fassent perdurer nos mémoires, intimes et collectives, une époque libertaire révolue.
 

Libellés : , ,

09 août 2016

JUSTE AVANT L'OUBLI

d'Alice Zeniter
Roman - pages
Éditions Flammarion - août 2015
Prix Renaudot lycéens - 2015

Émilie étudie la vie et l'œuvre de l'écrivain Galwin Donnell. C'est le sujet de sa thèse, c'est le thème des Journées d'étude autour de l'auteur, mort depuis quelques années, qui se déroulent sur l'île de Mirhalay, loin de tout. Franck, son amoureux, infirmier à Paris, la rejoint même s'il pressent déjà qu'Emilie se consacre presque exclusivement à son héros des lettres, et qu'il sera peut-être difficile d'attirer son attention, de renforcer leur amour.

Qu'il est difficile de résumer ce livre, tant il est brillant et assez original par sa forme. On peut penser de prime abord que ce sera ennuyeux, que les nombreuses évocations littéraires auront raison de notre assiduité mais ça n'est pas le cas, loin de là. Les chapitres alternent entre les journées vécues par Émilie qui potasse son intervention publique dans le cadre du colloque, les journées d'errance de Franck, qui suit sa copine ou se laisse entraîner par Jock, le gardien permanent de l'île, habitué à la solitude mais qui trouve en Franck une oreille de confiance. Il lui propose de lui apprendre certaines choses inédites de la vie insulaire, de l'envers du décor concernant l'écrivain adulé... Et puis certains chapitres reprennent des extraits des travaux réalisés par ceux qui ont étudiés Donnell. Et le tout est absolument bien ficelé, cette ambiance nous capte facilement d'autant que la plume d'Alice Zeniter est savoureuse. Que Donnell ait ou non existé, elle a fait de lui un personnage réel qui justifie que d'autres ont eu des vies qui en dépendent toujours.
 
Extrait :
"Elle comptait les vergetures et les plissements qui commençaient à parcourir son corps, à le redessiner, à le découper en territoires étrangers. Et elle pensais qu'elle arrivait à un âge où son physique la lâcherait petit à petit et que la société ne lui pardonnerait que si elle avait un certain nombre de grossesses et d'allaitements pour l'expliquer. Parce que la mère est sacrée, d'une manière ou d'une autre. Mais qui pardonnait aux thésardes de trente-cinq ans les rides presque fantomatiques que révélait leur décolleté lorsqu'elles mettaient une robe d'été pour boire des apéritifs en terrasse? Personne. Ni les hommes qui ne supportaient pas de constater l'obsolescence de leurs compagnes - à la fois terrifiés de réaliser que leur instinct de protection n'était d'aucune utilité face à la vieillesse et dégoûtés de voir le corps aimé devenir maison de sorcières -, ni les adolescentes que leur peau parfaite rendait cruelles et qui refusaient de se conforter à ce qu'elles seraient dans vingt ans. "
 
Juste avant l'oubli parle aussi bien sûr d'un amour qui se délite, qui se retourne sur son propre effacement progressif. En conscience les choses se défont, les amoureux sont déçus des attentes inassouvies, des décalages de centres d'intérêt, des blessures de ce que l'on ne peut partager. C'est très bien évoqué, très délicat, pour retranscrire avec justesse cette sorte de saudade d'avant la fin officielle, cette tristesse qui vient juste avant l'oubli.
C'est aussi l'histoire d'un autre homme, Jock, esclave ermite, serviteur isolé, un homme qui n'a pas choisi sa vie ni sa demeure et qui fustige le monde des privilégiés plaintifs des contraintes qu'ils s'imposent à eux-mêmes. 
L'écriture littéraire a aussi sa place importante, elle est toujours présente, lien entre les hommes d'élite, microcosme aveugle, mythes insensés.
Juste avant l'oubli est un roman sur la solitude et sur le besoin du regard des autres. C'est même un livre à suspense, une véritable prouesse aux allures de roman noir, une histoire singulière portée par la froide ambiance des Hébrides.

L'avis de BookFalo Kill - Cannibales lecteurs
Extrait d'entretien - La Grande Librairie

Libellés : , ,

17 juillet 2016

EN ATTENDANT BOJANGLES

d'Olivier Bourdeaut
Roman - 250 pages
Editions Finitude - 2016
Grand Prix - Lire RTL
Prix Roman - France Télévision
Il n'est pas à l'aise à l'école mais vit une intense histoire familiale. Sous son regard émerveillé et doucement inquiet, ses parents s'aiment d'amour fou, vive en harmonie déjantée la folie de sa mère. Les jours s'écoulent, faits d'excentricité, d'improvisations rieuses, de prénoms modifiés, de rôles joués, comme autant de vies à se façonner qui échappent aux réalités prosaïques du quotidien. Des vies à la limite, des vies à la marge. Là tout n'est que fantaisie, joie et insouciance.

Ce petit roman doux-amer a des parfums de La vie devant soi et de L'écume des jours. Car par-delà le regard de l'enfant plein d'amour et d'admiration envers ses précieux parents, on sent bien que sa maturité lui permet d'entrevoir les drames qui se jouent, de percevoir les douleurs de l'incapacité de vivre dans une société normée. Et puis, de réaliser le fatalisme de la maladie de sa mère, de comprendre l'extrême amour de son père pour cette femme éprise de liberté et de poésie.

Extrait :
"Lorsqu’en Afrique nous avions aperçu une grue blessée sur le bord d’un sentier, elle avait souhaité la garder pour la soigner. Nous avions dû prolonger notre séjour d’une dizaine de jours, puis une fois l’oiseau guéri, elle avait voulu le ramener à Paris, mais elle n’avait pas compris qu’il faille obtenir des certificats, les couvrir de tampons, de signatures, remplir des montagnes de formulaires pour passer la frontière.

- Pourquoi toutes ces dingueries ? Ne me dites pas qu’à chaque fois que cet oiseau survole les frontières, il doit remplir ce formulaire et qu’il doit se coltiner tous ces fonctionnaires ! Même la vie des oiseaux est un calvaire ! avait-elle vociféré, exaspérée, pendant qu’elle matraquait de coups de tampons le bureau du vétérinaire."

C'est beau de lire le portrait d'une femme à travers les lettres de son mari, éperdument amoureux et engagé totalement bien qu'il soit lucide, et à travers le regard de son fils, éperdument aimant et lié par la force des choses, même si la réalité l'enlève parfois à son enfance. Un joli premier roman, plein de tendresse pour des âmes atypiques et affranchies, et pour un enfant dans sa solitude, qui observe depuis son territoire un couple lié par un amour exclusif. Une petite bouffée de fraîcheur.
 
 

Libellés : ,

16 juillet 2016

JULIETA


 
 
de Pedro Almodovar
Drame - 1h40
Sortie France - 18 mai 2016
avec Emma Suarez, Adriana Ugarte, Daniel Grao, ....
Julieta s'apprête à quitter Madrid avec son amoureux, quand par hasard elle croise au détour d'une rue Bea, l'amie d'enfance de sa fille Antia, qui lui apprend qu'elle a vu cette dernière une semaine plus tôt. Or Julieta, elle, n'a pas vu sa fille depuis des années, depuis 12 ans. Elle entreprend de lui écrire, sans savoir où elle réside à présent. Elle se met à lui parler se son passé, de sa culpabilité, de cet homme assis devant elle dans un train qui quelques minutes après est mort, de cet homme qu'elle a aimé alors même qu'il était veuf depuis peu, de sa disparition en mer après une dispute.

Le film s'ouvre sur un voilage rouge carmin qui emplit l'écran en ondulant, comme la promesse de couleurs éclatantes, de cadrages esthétiques. c'est en effet un régal visuel, on retrouve ce goût d'Almodovar pour la couleur, pour les intérieurs chatoyants et vifs, pour les tenues bigarrées, pour les filles maquillées.
 
Pourtant, le scenario paraît plus fade que la mise en scène, paraît lui manquer un peu de couleurs, d'excentricité et d'originalité.


Mais, dans ce registre d'intrigue familial, d'allers retours entre passé et présent, de deuil et de relation mère-fille, Almodovar avait davantage convaincu et surpris par ses précédents films, comme La piel que habito, Tout sur ma mère et Parle avec elle.


 
 
Le film fait la part belle aux plans rapprochés, sur les visages, illustrant les douleurs, les douleurs des deuils, des culpabilités, qui façonnent les êtres.
De belles scènes, pour un film sentimental, psychologique, humain, mais peu excentrique.
 


Libellés : , , ,

05 juillet 2016

MON AMOUR,

de Julie Bonnie
Roman - 215 pages
Editions Stock - mars 2015
Ils vivent ensemble, mais pas en ce moment. A peine vient-elle d'accoucher de leur petite Tess que son compagnon, pianiste, se rend en tournée internationale, s'absente pendant plusieurs semaines, la laissant à ses fatigues, ses douleurs d'allaitement, ses angoisses, son baby blues.

Après Chambre 2, Julie Bonnie romance à nouveau le thème de la maternité, ici juste après la sortie du bâtiment portant ce même nom, alors que Chambre 2 avait pour lieu les chambres et couloirs d'une maternité. Et ses mots sont toujours aussi justes, percutants, dressant le portrait en filigrane d'une mère éprouvée et éblouie. Le sentiment de solitude, de délaissement, et la grande vulnérabilité aux échanges corporels avec l'enfant.

Extrait :
"Les pavés me rappellent comme le monde est vieux et j'aime ça. Je ne suis pas la première femme avec son petit, je ne suis pas la dernière. Même si nous ne nous parlons pas, nous sommes, nous les mères, une troupe qui fabrique l'humanité. Rien ne se peut qui ne soit sorti d'une femme."

Chaque chapitre est une lettre, une lettre de la femme à son mari, commençant toujours par Mon amour, parlant d'absence, parlant d'émerveillement, d'épuisement et d'incapacité à répondre aux appels téléphoniques et à suivre un rythme de sommeil adéquat. Une lettre du musicien à sa femme, commençant toujours par Ma fée, parlant des trajets, des stress d'avant concerts, des désirs de performance, et des formules d'amour. Ces lettres sont aussi des pages de journal intime qui ne s'envoient pas. Ces lettres comportent les non-dits, les pensées qui hantent mais que l'on tait à l'être aimé. Et puis, il y a des rencontres, des tiers qui gravitent, qui deviennent sujets des lettres, puis rédacteurs. Troublante partition épistolaire.

Extrait :
"Et puis, je réalise que rien ne te rendra heureux. Tu ne seras jamais content de toi. Nous sommes des adultes, mon amour, et si le sol tremble sous nos pieds, c'est pour tester notre équilibre, pas pour que l'on se jette à corps perdu dans la première faille tectonique."

Un livre très agréable à lire, sombre et lumineux, torturé assez, avec des personnages face à leurs instabilités intérieures.

 Ces histoires finissent mal, en général - Cinéphile m'était conté

Libellés : ,

30 juin 2016

AMOUR AUSTRAL

de Jan Bauer
Bande dessinée - 230 pages
Editions Warum - juin 2016
Jan, 35 ans, part loin de chez lui, en plein bush australien, pour y faire une longue marche et se trouver face à lui-même, sa solitude, la liberté en espérant se retrouver, se reconstruire. Il évite de croiser d'autres marcheurs, reste à l'écart des campements, suit sa route. Jusqu'au jour où il commence à trouver un côté agréable à la compagnie d'une voyageuse française. Lentement, au fil des 450 kilomètres de marche, ce sont les paysages majestueux et le rude quotidien de la quête d'eau, et ces échanges inattendus, simples et respectueux qu'ils partagent, qui changent la perception de ce que Jan était venu chercher, lui redonnant le goût de l'effort et de la compagnie, lui insufflant le désir d'amour partagé, au risque de le rendre à nouveau vulnérable à la souffrance...
Derrière cette couverture magnifique et flamboyante, Amour austral ce sont des planches en noir et blanc où transparaissent aisément les rayons du soleil écrasant, et qui participent à la quête d'absolu de Jan, à un dépouillement, à une simplicité.
Le récit est touchant, et l'ouverture et la clôture de l'album apportent une touche d'originalité dans ce qui pourrait être un récit autobiographique.
Une histoire sensible de personnes qui n'attendent rien, et de la difficulté pour chaque être de se départir de ses propres aspirations de liberté tout en se découvrant des envies de dépendance sentimentale.
Le quotidien du randonneur avec ses contraintes pratiques est bien dépeint. Comme une recherche de problématiques concrètes qui libèrerait des dilemmes théoriques et des évasions et distractions dont on a besoin dans nos sociétés modernes.
La seconde partie du voyage, où Jan n'est plus seul, est très différente même si ce sont peu ou prou les mêmes paysages et les mêmes préoccupations. Mais il y a cet amour naissant, cette volonté souvent de ne pas l'évoquer, et la difficulté de parler de la suite, de son avenir, de gérer les instants autrement qu'appartenant à une parenthèse.
Chacun dans cette histoire n'éprouve pas les mêmes attentes, et chacun ne l'évoque pas avec la même facilité. Il en ressort en tous cas une belle histoire d'amour, tendre et désintéressée. Un très bel album qui parle à tous depuis des contrées lointaines.

L'avis de MEWJ79 - Les enfants à la page

tous les livres sur Babelio.com

Libellés : , ,

24 juin 2016

LE MARIAGE DE PLAISIR

de Tahar Ben Jelloun
Roman - 270 pages
Editions Gallimard - février 2016

Amir est un riche commerçant de Fès, et est souvent en déplacement à travers l'Afrique. Il est amoureux de Nabou, une belle Sénégalaise qu'il voit à Dakar chaque année. Comme le prévoit l'Islam, il décide de contracter un "mariage de plaisir", un mariage en CDD. Mais l'amour ne les quitte plus, et il décide de rentrer à Fès avec Nabou, auprès de sa première épouse très colérique et jalouse. La cohabitation s'annonce difficile quand Amir informe de son intention de la prendre comme seconde épouse officielle. Nabou est Noire et le racisme est très présent. Les jumeaux qui naitront seront confronté à l'injustice, au regard de la société sur leur couleur de peau, l'une noire et l'autre blanche, et ne se construiront pas de la même manière malgré des parents aimants.

En démarrant la lecture, j'étais quelque peu gênée par le style que me paraissait trop académique (sans jeu de mot par rapport à l'auteur de l'Académie Goncourt), désincarné. Et puis peu à peu, je suis rentrée dans cette histoire comme dans un conte oriental,

Extrait :
"Fès était le tombeau du Temps, la source enchantée de l’Esprit, le refuge des repentis et le divan des poètes qui tissaient de leurs vers les ruelles sombres et étroites. C’était aussi le centre du commerce, de l’échange, de l’arbitrage et de toutes les enchères pour l’or et la soie. Chaque chose était à sa place. C’était cela le secret de cette cité. "

Plongée sociale dans le Maroc d'hier et d'aujourd'hui, avec les profils dressés et décryptés des villes de Fès, Marrakech et Tanger, aux facettes si différentes. Volonté de faire un roman avec une ambition sociétale, dénonçant non pas les coutumes de mariage et de polygamie, mais plutôt les traditions de racisme ordinaire d'une société au long passé esclavagiste encore trop présent et l'intolérance de l'Autre au sein d'une famille. L'Autre comme celui qui ne nous ressemble pas, l'Autre comme Karim le frère trisomique ou l'Autre comme Nabou la peule du Sénégal ou encore son fils Hassan a la peau encore noire....

L'avis de Kenza - Thé au jasmin

Libellés : , , ,

20 juin 2016

Mes [DVD]s du Printemps 2016

DES ETOILES ****
de Dyana Gaye
Sortie France - janvier 2014

Trois africains entre Dakar Turin et New York, se croisent, s'attendent, se démènent. Le jeune Thierno qui vit à New York découvre Dakar, ses cousins et cousines, à l'occasion des funérailles de son père. Sophie débarque à Turin pour y retrouver son mari, en vain, puisque celui-ci, Abdoulaye, est déjà parti vers d'autres horizons plus glorieux, outre atlantique, à New York ! Il s'y fera exploiter et se heurtera à de grandes désillusions quand Sophie, patiente dans l'attente, prendra en main son destin pour apprendre l'italien, trouver un travail à Turin, et refuser de se laisser embrigader par ses pseudos compatriotes prostituées. Un très beau film sur les réalités migratoires africaines d'hier et d'aujourd'hui.


NOUS NOUS SOMMES TANT AIMES ***
d'Ettore Scola
Sortie Italie - décembre 1974

3 amis qui avancent dans la vie, suivant des parcours parallèles, puis se retrouvant. A l'heure où les destins dérivent, après guerre, vers le capitalisme forcené ou la contre culture. Histoire d'amitiés et d'amour. Des acteurs formidables, Rome la nuit, des images magnifiques.



TAXI TEHERAN **
de Jafar Panahi
Sortie salles France - février 2015

Un huis clos dans un taxi, avec des acteurs qui jouent leur propre rôle et nous parlent de la ville de Téhéran d'aujourd'hui. Du rire, de la solidarité, des drames, et sa nièce espiègle qui évoque ses rêves de réalisatrice.





L'AVVENTURA **
de Michel Angelo Antonioni
Sortie salle France - septembre 1960


Très long film en noir et blanc, disparition, île déserte, ambiance pesante, rapprochement entre le marié et la meilleure amie, une Monica Vitti splendide, altière, moderne de liberté. Disparition d'une jeune femme lors d'une escale sur une île rocailleuse. La mari et la meilleure amie se lancent à sa recherche, et seront rapidement attirés l'un vers l'autre.



LE SATYRICON *** 
de Federico Fellini
Sortie salles France - décembre 1969

Exubérance, extravagance, débauche de moyens pour les décors et les costumes, du baroque fellinien pour cette reconstitution de la Rome antique, du burlesque avec la mythologie revisitée. Deux jeunes étudiants, Encolpe et Ascylte, vont d'aventures en aventures, guidés par leur instinct de jouissance, jusqu'aux problèmes qui s'enchaînent. 2 heures d'une énergie folle dans la décadence et la violence. En couleurs.



L'OMBRE DES FEMMES ***
de Philippe Garrel
Sortie salles France - mai 2016

Pierre et Manon vivent ensemble à Paris et tentent de vivre de leur travail de réalisation de documentaires. Pierre trompe Manon avec une stagiaire Elisabeth, et celle-ci lui apprend plus tard que Manon le trompe également avec un autre homme. La voix de Louis Garrel en narrateur. Une jolie comédie sentimentale en noir et blanc.



GENTE DI ROMA***
d'Ettore Scola
Sortie salles France - avril 2004

Sur le parcours d'un bus de la capitale, la ville de Rome se dévoile à nous le temps d'une journée, de l'aube où les travailleurs quittent leurs domicile, comme ceux que le travail a lâché, jusqu'à l'aube suivante, où les fontaines sont illuminées alors que les premiers rayons du soleil affleurent à l'horizon. Etorre Scola nous emmène en balade, loin des clichés touristiques et architecturaux. Mais la ville est là néanmoins. Et le réalisateur nous fait poser les yeux sur les romains, ceux de toujours, ceux qui sont persuadés que la ville est éternelle, comme l'attestent les ruines et arcs de triomphe et monuments, de toujours, affirmant un territoire supérieur. Des Romains fiers, prétentieux, et de ce fait, indifférents aux différentes vagues d'immigration, imperturbables. Des scènes d'anthologie nous livrent des dialogues et monologues savoureux à ce sujet. Les romains sont fainéants, jamais ils ne perdront de temps à cultiver une haine de l'Autre si ce n'est pas celle envers la Lazio (ou l'A.S. Roma). Autre frange de la population proche de la marginalisation évoquée : les vieux. Maladie d'Alzheimer, souvenirs lointains et douloureux de l'Italie fasciste, perte d'autonomie... Des sujets qui semblent hanté le réalisateur et auxquels il donne une importance tendre et cynique. Un faux documentaire fait de séquences qui sont autant de gourmandises dont on se délecte.

 HOPE ****
de Boris Lojkine
Sortie salles France - janvier 2015

Un premier film en forme de choc émotionnel. Le destin de migrants pris dans les mailles des mortels filets des filières africaines, où le désert assoiffe et où les villes saharienne sont tout sauf hospitalières. Où des ghettos communautaires cachés attendent les migrants encore pourvus d'argent, avant que les chefs ne les rackettent à longueur de temps. Des migrants qui sont sédentarisés de force, précarisés, obligés de tomber eux mêmes dans les pires trafics pour leur survie. Hope, une jeune nigériane, seule dans un groupe d'Africains, reconnue comme fille malgré son accoutrement, devra c'est sûr utiliser son corps pour sauver sa peau. Léonard, camerounais, veut tenir le cap, mais ne se résout pas à laisser Hope mourir d'épuisement en plein Sahara. Il l'épaule, l'aide, et s'il faut mimer un mariage pour se protéger, il le fera. Une vraie claque ce film, un réalisme époustouflant, et l'on est guère étonné d'apprendre que Boris Lojkine a été documentariste avant de réaliser ce premier long-métrage. Des ghettos algériens reconstitués au Maroc avec des migrants qui parle comme ils parle, qui jouent ce qu'ils vivent. Un grand film sur le parcours des héros contemporains.


UNE HISTOIRE DE FOU ***
de Robert Guédiguian
Sortie salles France - novembre 2015

En 1921, pour commencer la longue période de vengeance suite au génocide par les Turcs, Thelirian assassine Talaat Pacha. Dans les années 80's, dans une famille arménienne de Marseille, un fils veut que cette croisade ne soit pas abandonnée, il part s'entraîner au maniement des armes, il participe à un attentat, tue et blesse, et disparaît. Un cycliste, Gilles Tessier, blessé, est visité à l'hôpital par Anouch, la mère du meurtrier. Il s'intéressera de plus en plus à l'histoire de l'Arménie, à la culture arménienne, et liera une relation avec les parents de celui qui lui a fait perdre l'usage de ses jambes.
Un film pédagogique, historique, vibrant.

Libellés : , ,

12 juin 2016

MOI, JE PAR SOI-MÊME, L'AUTOPORTRAIT AU XXe SIECLE

de Pascal Bonafoux
Beau Livre - 444 pages
Editions Diane de Selliers - février 2004
Grand prix du Jury de La Nuit du Livre - 2004


Ceci est un grand livre, un beau bébé de 3,8kg. Sur un papier qui n'est pas glacé, qui au contraire possède un grain tiède fort agréable au toucher, l'ouvrage nous emmène dans un vertigineux voyage à travers 540 œuvres du XXe siècle après une préface de Jorge Semprun, inspiré. Peintures, dessins, photographies, avec crayons, pinceaux, objets.... une grande pluralité de supports et de moyens.
Le livre est découpé en chapitres thématiques, tels "Songes", "Nudité", "Familles", "Métamorphoses", "Couleurs", "Lucidités", ... entre lesquels on peut se déplacer comme sur un jeu de l'oie, un jeu autour du JE.

L'autoportrait souvent émane d'une volonté de mettre en abîme le regard de celui qui se regarde, de considérer comme miroir l'être que l'artiste veut représenter à l'aide du miroir. Se regarder dans un miroir sans réaliser qu'on est soi-même miroir.... De Rembrandt, Schiele, à Louise Bourgeois, Keith Haring.... on retrouve des œuvres, mais on découvre de très nombreux autoportraits méconnus, et à l'occasion, un grand nombre d'artistes aussi.
L'autoportrait comme scrupule, comme représentation avec ou sans attributs, mais aussi comme questionnement ou comme hommage à des œuvres du passé ou des symboles religieux (ou les 2), ou au travers du corps.


J'ai aimé voir les déclinaisons aux styles très variés de Picasso, les autoportraits sans miroir....
 
Et chez certains artistes, la quête de soi et l'évolution à travers le temps que dressent leurs autoportraits est stupéfiante. De Bonnard à Lucian Freud, Lovis, Corinth, Corinth avec ses autoportraits à date anniversaire, mais aussi Hélène Schjerfbeck. Tant de regard, d'impressions et d'idées que l'on voudrait garder.
Tout au long de ce voyage, les reproductions sont accompagnées de dialogues entre JE et MOI dissertant sur les thèmes artistiques, des citations, des poèmes et des repères biographiques.
 
Un travail impressionnant qui compile des travaux d'autant plus impressionnants par leur diversité, leur variétés, leurs audaces, leurs témoignages. Cet ouvrage est une Bible qui ne se prétend pas exhaustive, mais en tous cas, un majestueux voyage à travers l'Art du XXe siècle, ses assises et ses audaces. D'infinies friandises pour l'œil, une vertigineuse réflexion pour la pensée.

Moi Je, par soi-même, L\'Autoportrait au XXe siècle par Pascal Bonafoux
Moi Je, par soi-même, L\'Autoportrait au XXe siècle
tous les livres sur Babelio.com

Libellés : , ,

04 juin 2016

LE SCULPTEUR

de Scott McCloud
Bande dessinée - 496 pages
Editions Rue de Sèvres -
David Smith est un sculpteur en panne de renommée. Un jour, il conclue un pacte avec un personnage diabolique et tentant : pendant 200 jours, il pourra utiliser le pouvoir de sculpter à mains nues tout matériau quelle que soit sa dureté. A l'issue de ces 200 jours, il perdra la vie...

Inspiré du mythe de Faust, Le Sculpteur est un ouvrage d'envergure, par sa longueur et son poids, et par le récit ambitieux. David Smith est donc prêt à tout, parce qu'il a peu à perdre lui semble-t-il, pour sortir de cet anonymat qui le plonge au milieu d'une foule d'homonymes et l'exclut de la reconnaissance. Le milieu new yorkais de la culture est dressé sans concession, avec ses travers, sa corruption, sa compétition. Et on peut y lire nombre d'ébauches de réflexion autour de nos sociétés contemporaines et leurs frustrations.
 
Sur la forme, au fil des planches en noir & blanc & bleu, on se délecte des dessins, des jeux de couleurs et d'intensité, de l'utilisation des caractères, de ce remarquable travail de mise en forme.
Un bon moment de lecture avec cet album abouti.

Est-ce un chef d'œuvre de la BD ? - Pop'Up Culture
L'avis de Mo' - BarABD

Libellés : ,

29 mai 2016

AVENUE DES GEANTS

de Marc Dugain
Roman - 360 pages
Editions Gallimard - mars 2012
Edition poche Folio - septembre 2013
Al Krenner est un grand jeune homme dont les mauvaises pensées hantent cette tête, sommet d'une carcasse de 2,20 mètres et écrin d'un QI hors du commun. Elevé par ses grands-parents, il ne supporte plus sa grand-mère, ce qui va le conduire irrémédiablement au meurtre de cette dernière, ainsi que du grand-père dans la foulée, pour lui éviter la douleur de l'absence. Ses parents, séparés, ne suivent guère plus le cours de sa vie. Il est pris en charge par les procédures pénitentiaires et psychiatriques, et parvient plus tard à retrouver une quasi liberté... Toujours hanté par ses mauvaises pensées...

Avenue des géants est un cheminement intérieur d'un personnage torturé, profondément blessé et hautement lucide. Un cheminement avec ses ellipses. Un cheminement également physique puisque le personnage erre de lieu d'emprisonnement en lieu de soin en revenant souvent chez sa toxique mère, dont voici une de ses répliques :

- "Je suis la première femme à avoir fait une fausse couche menée à son terme ".

Roman très marquant, esquissant une ambiance assez malsaine mais floue autour de ce personnage victime et coupable, autour de sa non-place en ce monde, autour de l'impossibilité du passage à l'âge adulte, autour de ses maux d'amour. Une histoire dérangeante, à travers les Etats-Unis, inspirée du parcours du serial killer Edmund Kemper.

Extrait :
"L'enfer n'est jamais loin du paradis, mais les gens ne veulent pas le savoir, ils dorment comme si une bonne étoile veillait sur eux. Ils passent leur temps à se construire des enclos pour les chèvres naines qu'ils sont. Ils amassent, collectionnent, le regard fixé sur la pointe de leurs chaussures. Ils ne leur vient jamais à l'idée de se demander ce qu'ils fichent là."

Une belle découverte pour moi de l'univers de Marc Dugain.

L'avis de Nadège - Les mots de la fin
L'avis de Kathel - Lettres exprès

Libellés : , ,

13 mai 2016

MEURSAULT CONTRE-ENQUÊTE

de Kamel Daoud
Roman - 160 pages
Editions Barzakh - octobre 2013
Editions Actes Sud - mai 2014
L'Arabe qui est mort assassiné par le Meursault d'Albert Camus n'avait même pas de nom. Même pas de famille, même pas de vie. Alors qu'en réalité, il avait un petit frère de 7 ans à l'époque, Haroun, qui, de nombreuses décennies plus tard, revient sur ce meurtre, la disparition douloureuse du frère admirée, la peine de sa mère, leur déménagement à Oran, et toute la rancœur qui a encore engendré la violence meurtrière.

On a beaucoup parlé de ce livre. A juste titre, il est remarquablement écrit. Parallèlement au récit d'Haroun, frère de Moussa, il y a le regard de Kamel Daoud sur son pays, sur Alger et Oran, sur l'Islam au Maghreb, sur l'après-colonisation, le butin de la langue française, ... une poésie poignante qui transpire en nous livrant des passages remarquables.
Extrait :
"Ha, ha ! Tu bois quoi ? Ici, les meilleurs alcools, on les offre après la mort, pas avant. C'est la religion, mon frère, fais vite, dans quelques années, le seul bar encore ouvert le sera au paradis, après la fin du monde."
 
Et partout la plume est ciselée, talentueuse et simple. Le narrateur raconte, se confie ou se réinvente, en interpellant son auditeur, en jouant avec le lecteur et l'attirant dans son guet apens de revisite historique.
 
Extrait :
"L'amour est inexplicable pour moi. Je regarde toujours avec étonnement le couple, sa cadence toujours lente, son tâtonnement insistant, sa nourriture qui devient amalgame, sa façon de saisir par la paume et le regard à la fois, par tous les bords pour mieux se confondre. Je n'arrive pas à comprendre la nécessité de cette main qui en tient une autre, qui ne veut pas la lâcher, pour donner un visage au cœur d'autrui. Comment font les gens qui s'aiment ? Comment se supportent-ils ? Qu'est-ce qui semble leur faire oublier qu'ils sont nés seuls et mourront séparés ?..."
 
L'Etranger, je l'ai découvert très récemment à travers la bande dessinée de Ferrandez. Et j'ai eu plaisir à replonger dans cette histoire, à reconsidérer Meursault, à repenser à la suite d'un crime et aux sentiments ressentis. Un livre court et droit.

Article d'Alice Kaplan - Contreligne
L'avis d'Emmanuelle Caminade - La cause littéraire

Libellés : , ,

06 mai 2016

BRAVO

de Régis Jauffret
Nouvelles - 280 pages
Editions Seuil - mars 2015
Une quinzaine de nouvelles donnant la voix à des personnes âgées, des hommes et des femmes qui se retournent sur leur passé, leurs enfants et petits enfants, ou qui font face à leur avenir restreint, leur santé défectueuse, la mort qui vient, les séparations inéluctables.

Dès la première nouvelle, l'auteur nous plonge dans sa plume crue, noire, pour jouer avec la Mort qui partout rôde autour de ces êtres frappés par la vieillesse et conscients de la situation. Dans "Infini bocage" il est question d'un vieil homme homosexuel toujours aux côtés de son compagnon.
La deuxième nouvelle "Une bonne espérance de vie" est une petite farce qui met en scène un couple formé d'une jeune fille de 22 ans toujours surveillée et accompagnée de son père, et un vieil homme encore plus vieux que ce dernier.
La troisième nouvelle, "Gisèle prend l'eau" évoque un couple atypique entre un vieil homme et une femme (noire) suivie pour troubles psychiatriques. Il y sera question de prélèvement d'organe, de mort, le tout étant assez flou.
 
Extrait :
"Les instants de celui qui va mourir sont aussi merveilleux que ceux des bien portants qui se croient encore immortels. L'éternité existe, mais il ne faut pas exiger d'elle qu’elle dure longtemps."
 
Une vieille mère cynique qui balaye les codes de l'amour maternel socialement reconnu. Un couple de grands parents s'étant investi pour recevoir tous les enfants et petits-enfants, au cours d'une journée de fête qui tournera vinaigre...
Les autres nouvelles se suivent, tantôt aux limites du fantastique, tantôt poétiques ou sarcastiques. Certaines percutantes et touchantes, d'autres froides, mal comprises, vite oubliées.
Un recueil intéressant quoique inégal, qui a le mérite de romancer les pensées de nos aînés, peu traduits en littérature.

L'avis d'Hervé Lionel - La feuille volante
 

Libellés : , ,

20 avril 2016

Mes [DVD]s de l'automne et l'hiver 2015-2016

Nouvelle fournée de DVDs regardés cette saison (je reste une des dernières personnes à regarder des DVDs...). Une présence italienne prononcée, avec 4 films, et ce n'est que le début de cette découverte totalement réjouissante de ce cinéma riche et surprenant.

LES ELEPHANTS **
d'Emmanuel Saada
Sortie France - février 2014

Un film très sensible sur les errements, les projets, les désirs et les blessures de trentenaires et quarantenaires face au deuil, aux amitiés, à l'amour et la parentalité. Malheureusement le souvenir s'efface rapidement, mais l'intention de cette réalisation est vraiment juste, honnête, et touchante.




ELLE L'ADORE **
de Jeanne Herry
Sortie France - septembre 2014

Une jolie comédie, drôle dans le drame, avec une Sandrine Kiberlain jouant les groupies rapprochées, et un Laurent Laffitte, star adulée et égoïste, cherchant à sauver sa carrière après l'homicide involontaire sur sa compagne.




TIREZ LA LANGUE MADEMOISELLE ***
d'Axelle Ropert
Sortie France - septembre 2013

Très belle comédie, sensible et malicieuse. Louise Bourgoin en mère célibataire, et Cédric Kahn et Laurent Stocker en couple de frères médecins, modestes et complices, absolument irrésistible.





LE BAL ****
d'Ettore Scola
Sortie France - décembre 1983


Un très chouette film, hautement réjouissant. Une salle de bal, quelques hommes et quelques femmes, les années 40, un bal, des danses, et puis les années qui passent, d'autres époques, la guerre, l'après-guerre, les années 60 et 70's, toujours la même salle, les personnes habillées différemment, des drames, des retrouvailles, de la musique tout le temps.





UNE JOURNEE PARTICULIERE  ****
d'Ettore Scola
Sortie France - septembre 1977
Avec Marcelo Mastroianni et Sophia Loren

Whouaou quel film ! Une journée à la gloire d'Hitler en visite à Rome, reçu par le Duce, qui va laisser à l'épouse le temps d'un adultère très fugace avec le ténébreux et mystérieux voisin d'en face, qui souffre de son homosexualité qui vient de l'écarter de son milieu professionnel de la radio italienne. Un film magnifique, à l'esthétique à couper le souffle, et à l'audace absolue. Alors que la radio n'a de cesse de relayer le défilé en cours, l'oiseau s'échappant par la fenêtre nous laisse entrevoir l'espoir d'un instant de liberté, et la scène finale qui voit Sophia Loren un livre de Victor Hugo dans les mains près de la fenêtre de sa cuisine, nous livre l'espoir infini d'une liberté durable, alors même qu'un homme se fait arrêter par la police au même instant.


GARE DU NORD  ****
de Claire Simon
Sortie France - septembre 2013

Sublime film autour d'un amour précieux et tombé du ciel entre une Nicole Garcia et un Reda Kateb qui sont évidemment faits l'un pour l'autre.
Puis, dans les boni du DVD, un long documentaire autour de la Gare du Nord, ses habitants, ses us et coutumes. Ce personnage à part entière, ce microcosme socialement riche, ce point de passage et de vie.



LE CRI **
de Michelangelo Antonioni
Sortie France - 1957

Plutôt qu'un film en noir et blanc, un film en gris moyens. Un film charnière pour Antonioni, tourné dans la basse Vallée du Pô, qui va s'intéresser au milieu ouvrier et à un homme en proie au doute, à la mélancolie, au mal d'amour et frisant la dépression, dans un décor naturel hivernal, comme l'hiver de l'âme. Un bel homme dans la dérive, qui attire un grand nombre de femmes dans son cheminement, sans réciproque. Un retour là où il vient. Le temps d'une gestation. Un cri final sorti du ventre d'Irma sa douce adorée qui auparavant le quitta et termine le film en pietà.



LA GRANDE BELLEZZA***
de Paolo Sorrentino
Sortie France - mai 2013

Du rêve, Roma et sa beauté insolente, la religion et le sacré, la débauche et la luxure, les ravages du botox, et une nostalgie dépressive et allègre. Un grain de folie dans les pérégrinations de cet homme qui porte un regard d'esthète sur sa ville comme sur sa ville, et un regard sans concessions sur ses congénères, sur les femmes bourgeoises, oisives et centrées sur leur plastique.



MUSTANG ****
de Deniz Gamze Ergüven
Sortie France - juin 2015
Césars 2015 - Meilleure première œuvre, meilleur scénario original

Un sacré film bourré d'énergie, de fraîcheur, de suspense. Une plongée familiale dans un presque huis clos visant à contenir les soifs de libertés de 5 jeunes filles élevées par leurs oncle et tante, et très vite promises en mariage aux premiers candidats.

Libellés : , ,